Philippe Grafé regarde sa vigne avec amour. Parmi ces lignes de rondo, de régent, de johanniter, de solaris qui s’épanouissent sur sa propriété, il voit le chemin parcouru en si peu de temps: six hectares d’abord en 2003, puis deux supplémentaires en 2004 et deux autres encore en 2005 ont fait de son domaine le plus grand de Wallonie.

Ce passionné de Bacchus a travaillé longtemps dans le commerce du vin – la maison Grafé-Lecocq représente une belle enseigne pour les amateurs de la dive bouteille. La dégustation d’un vin anglais, voici une dizaine d’années, fut une révélation et un signe pour Philippe Grafé. Oui, la culture de cépages interspécifiques dans les régions plus septentrionales pouvait avoir des vertus. Oui, ce rêve était possible, même ici dans le Namurois.

Les dix hectares du vignoble s’étendent en pente douce, dans un paysage qui trahit au loin les premiers contreforts de la Vallée de la Meuse. Le Domaine du Chenoy tire son nom des chênes qui ornaient ce bourg. On peut encore en apercevoir non loin de la ferme qui a été entièrement transformée à l’usage viticole.

En ce samedi d’août, la vigne profite d’un soleil généreux. Les grappes sont bien formées. Philippe Grafé promène ses visiteurs dans sa propriété, en commençant par une parcelle de 20 ares assez similaire à ce que pourra représenter le domaine de Genval. Les pieds sont jeunes d’un an ou deux. C’est un vignoble d’agrément, tout près de la terrasse, justement placé pour donner l’envie d’y caresser les feuilles, d’y picorer un grain de raisin.

Le vigneron ne se montre pas avare en conseils : « On peut vous parler de la terre, du terroir, mais moi ce que je peux vous dire, c’est que la qualité d’un vin, c’est d’abord celle du fruit », dit-il. « L’essentiel réside dans le choix du raisin, car c’est ce fruit qui va faire le vin. Il faudra aussi considérer le choix du porte-greffe et la qualité du sol ».

Philippe Grafé prodigue quelques conseils pour le futur vignoble de Genval : « Le solaris pourrait vous convenir parfaitement », explique-t-il « L’intérêt de ces cépages interspécifiques, c’est notamment de pouvoir présenter une défense naturelle aux maladies, de l’ordre. Dans le cas du solaris, il résiste très bien au mildiou et à l’oïdium. Pour l’environnement, c’est parfait. Il pourra vous donner un vin fruité délicieux ».

La visite se termine dans le cuvier, l’ancienne grange de la ferme, superbement restaurée. L’espace est gigantesque, barré par des piliers majestueux. « N’est-ce pas magnifique comme reconversion pour ce lieu? On est passé des silos à grain aux cuves à vin. C’est tout de même mieux qu’une énième salle des fêtes », souligne Philippe Grafé.

Les cuves en inox, thermo-régulées, veillent sur leur précieux contenu. Le vigneron en dévoile les secrets non sans plaisir. Le vin blanc qui mêle l’hélios et le solaris flatte les papilles. Le verre accueille le Régent, puis le rondo, puis les deux mêlés pour former une belle harmonie, créée dans l’instant. C’est une précieuse alchimie qui s’organise ici.

Sur son site internet, Philippe Grafé observait voici quelques jours : « Après avoir dégusté quelques grappes sur les variétés les plus hâtives, malgré encore une bonne acidité, les raisins possèdent une très belle richesse aromatique qui démontrent une fois de plus la qualité des cépage ».

Les vendanges sont attendues pour la mi-septembre.

www.domaine-du-chenoy.com/

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